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Dijòus, 12.10.2017 10h07 Mescladís e còps de gula

Halte au péril catalan !

\n \n Sur le traitement de la question catalane (et du catalan) dans la presse française (et ailleurs)\n \n           La stupeur et la consternation des journalistes et plus généralement des élites françaises (politiques compris évidemment) face aux événements actuels en Catalogne, que tous ces gens éclairés n’avaient nullement vu venir par ignorance et désintérêt, a quelque chose de réjouissant ; difficile, lorsqu’on suit soi-même avec un tant soit peu d’intérêt l’évolution de la question catalane, de ne pas trouver tous ces gens interloqués et pourtant sûrs de leur fait, ridicules jusque dans leur indignation pleine de morgue et de mépris. Ils sont unanimes ou presque : comment une « région » d’un grand État nation aussi proche du nôtre, et auquel en fait nous ne pouvons pas ne pas nous identifier en tant qu’autre grand État nation européen, peut-elle oser prétendre à l’autodétermination ? Par définition, une région, une province est faite pour être administrée par un État central ! Voilà bien où devaient fatalement mener les concessions autonomistes qui jamais n’auraient dû être faites ! Félicitons-nous de n’en point faire chez nous ! L’affligeante pauvreté des analyses, consistant à présenter l’indépendantisme catalan comme l’expression d’un « replis frileux sur soi », alors que tout démontre le contraire, a quelque chose de pathétique et d’amusant, tant il est évident que tous ceux-là dénoncent en fait chez les autres le mal qui les affecte. Une autre chose assez drôle, mais qui laisse tout de même perplexe, est le fait qu’il n’y ait manifestement en France qu’une seule et unique spécialiste de la question, invitée par toutes les rédactions des journaux papiers, radio et télévisuel, à toute heure de la nuit et du jour. Il s’agit de Barbara Loyer, passionaria des beaux et grands États nations menacés de démembrement régionaliste, qui va répétant partout, recueillant l’assentiment général, que l’initiative de la Generalitat porte atteinte au « système démocratique espagnol » (France info, 22/09).\n            Je voudrais quand même citer un article de Michel Feltin-Palas dans l’Express (« Autodétermination en Catalogne: pourquoi Paris est contre ? »), qui est le seul parmi tout ceux que j’ai lus à poser la question de cette unanimité anti-catalane de nos belles élites. Il répond en pointant à la fois leur mépris, leur arrogance et leur ignorance. « Dans un pays où la vie intellectuelle est concentrée à Paris, défendre les Catalans, les Basques ou les Alsaciens sent affreusement sa province et vous écarte de « ceux qui comptent » dans la capitale. Quand l\'on aspire à être reconnu, il s\'agit là d\'une erreur à ne pas commettre. Cette condescendance est d\'autant plus ancrée que nos intellectuels n\'ont guère de culture en la matière. Lesquels ont lu Frédéric Mistral, prix Nobel de Littérature pour une oeuvre écrite en provençal ? Lesquels savent qu\'au XIIe siècle, le prestige littéraire du picard était largement supérieur à la langue du roi en usage à Paris ? Lesquels ont étudié l\'histoire de la Bretagne, de la Franche-Comté ou du Béarn avant leur rattachement à la France? Lesquels, pour revenir aux Catalans, savent comment Louis XI et sa soldatesque menèrent le terrible siège de Perpignan ? Aucun ou presque. […] Cette méconnaissance ne les aide évidemment pas à émettre un jugement éclairé sur les événements de Barcelone ». Certes, la sublime simplicité du roman national suppose bien des silences… et c’est pourquoi d’ailleurs il n’existe que très peu de fenêtres d’expression libre sur cette question dans l’espace public, pas seulement parce que les élites parisiennes veulent occuper ce champ comme tous les autres et continuer à parler entre eux de ce qu’ils savent ou croient savoir, mais aussi parce que nous touchons avec la question catalane au saint des saint ; la simple mention d’une légitimité démocratique de l’autodétermination catalane est déjà une forme de trahison par procuration de l’unité nationale, ce qui explique peut-être le silence gêné de tant militants des cultures minorisées en France : les Catalans réclament en effet à haute voix ce qu’eux-mêmes n’osent même pas penser en secret.\nBref, on se divertit comme on peut, et il vaut mieux rire que désespérer tout à fait. Pour le reste, devant la situation réelle en Catalogne à tous égards menaçante, on croise les doigts, osant croire à une issue pacifique et démocratique de ce conflit majeur qui oppose la Generalitat au gouvernement central espagnol, mais qui oppose aussi, à un autre niveau, en Catalogne même, les partisans et les adversaires de l’indépendance, parmi lesquels nombre de catalanistes, il ne faut pas l’oublier.\nCe billet, ceci dit, n’a nulle prétention de produire une analyse politique approfondie, ni de défendre une position dans le conflit entre indépendantistes et autonomistes non-indépendentistes, mais conformément à la vocation de ce blog, d’examiner brièvement comment la question de la langue est abordée en liaison avec cette crise politique majeure dans les médias français anglo-saxons et italiens.\nLa première chose à dire est que le catalan, de fait, est devenu ces dernière semaine audible et visible internationalement. Cela a commencé me semble-t-il avec la manifestation successive aux attentats de Barcelone, dont on a largement reporté le slogan : « No tinc por ! » : « je n’ai pas peur ». Depuis, et ces derniers jours le confirment, des interviews en catalan de manifestants pro indépendantistes se sont multipliés. C’est en Catalan que l’on a entendu Puigdmont répondre à la martiale allocution de Felipe VI et qu’il a prononcé son discours d’affirmation et à la fois de suspension provisoire du processus d’indépendance ce 10 octobre. Les slogans indépendantistes furent montrés et parfois commentés : « Som una nació. Nosaltres decidim. » ; « Nou Estat d’Europa » ; « El futur és nostre », etc. Lors de la récente manifestation en faveur du dialogue, les deux langues, catalan et castillan étaient associées, « hablemos/ parlem » (« parlons » dans les deux langues). Le catalan était même très présent dans la manifestation anti-indépendantiste de Barcelone du 8 octobre : « Espanya som tots », « No volèm la republica bolivariana de Katalunystán », sans compter le « Puigdemont en prison » scandé par la foule ! Peu de journalistes certes, en France, ont noté ces choses et remarqué cette présence désormais irréfutable du catalan et cela bien sûr en dit long sur l’affolement suscité par cet empowerment linguistique et son improbable – mais sait-on jamais ? – risque de contagion en France, notamment pour une raison qui, nous le verrons, nous concerne au premier chef.\nQuel que soit l’issue du mouvement, le catalan s’impose donc comme langue à part entière et il devient difficile de s’obstiner, comme on aimait naguère encore le faire en France, de parler de « patois catalan ». En 2004, la Dépêche du Midi présentait encore un spectacle intitulé « Soc català et puis voilà » de Danielle Catala et de René Gouzenne, comme une « défense et illustration du patois catalan »[1]. Certes, j’ai bien trouvé, un internaute qui le 30 septembre dernier écrit : « Les jeunes catalans indépendants ils iront où avec leur patois catalan ???? » (sic) et au mois d’août encore, d’ailleurs un internaute lecteur d’un article de la Dépêche s’interrogeait lui aussi, narquois : « Je présume que le Catalan deviendrait la langue officielle », ignorant manifestement que cela est le cas depuis… 1979 et l’acquisition, après la mort de Franco, du statut d’autonomie ! Cela montre à quel point, en notre pays, il est difficile de penser que le statut de langue officielle n’a, en théorie, rien à voir avec celui de la souveraineté d’un État nation.\nCertains journaux, au compte-goutte et de manière très succincte, ont rappelé quelques points d’histoire concernant la question linguistique : la Renaixença culturelle et littéraire du XIXe siècle, le premier statut d’autonomie acquis en 1932, l’intermède républicain, la répression de la langue et de la culture catalanes pendant tout le temps du franquisme (1939-1975)... A ce propos, la Dépêche publie un entretien avec Llibert Tarrago, écrivain et éditeur catalan né à Brive qui affirme qu’il est « difficile d\'anéantir une langue maternelle» : « la dictature a persécuté le catalan, mais elle ne pouvait finalement pas faire grand-chose contre la force d\'une langue millénaire ». Aucune comparaison n’est faite, ni par l’interviewé, ni par le journaliste, évidemment, avec la langue que l’on parlait à Brive il n’y a pas si longtemps encore et qui tout millénaire qu’elle était, a bien pourtant été victime de choix politiques. D’autres évoquent en passant le second statut d’autonomie, qui fit du catalan la langue officielle de la Catalogne, aux côtés du castillan (1979), jusqu’à la réforme du statut d’autonomie de 2006... Celle-ci, concordée entre les deux parlements de Catalogne et d’Espagne et confirmée par un référendum populaire, dont le Conseil d’État, prévoyait entre autres de faire du catalan la langue préférentielle (en fait littéralement prioritaire : llenga prioritària) des médias et de l’administration, à côté d’un dispositif d’autonomie fiscale et la reconnaissance du statut de « nation » ; sur la demande du Partito Popular, le conseil constitutionnel avait retoqué en 2012 une série d’articles du nouveau statut, notamment celui concernant la langue. Les quelques journaux (Le Monde, La Dépêche du Midi) qui s’arrêtent sur cette décision, s’accordent à y voir la source de la montée en puissance de la colère des Catalans et de l’indépendantisme, jusque là très minoritaire. Pour une analyse plus informée, je renvoie à un article paru dans Lengas en 2016, du sociolinguiste Georg Kremnitz il y a une petite année (« Les tensions actuelles entre la Catalogne et l’Espagne. Une crise qui aurait pu être évitée »). Faisant le point sur une situation déjà résolument conflictuelle du fait des atteintes répétées de Madrid au procès d’autonomie, Kremnitz évoque la notion centrale forgée en Catalogne, mais apparemment inconnue des journalistes français, de « langue propre » (llengua pròpria), sur laquelle il y aurait tant à dire (voir l’article d’Alain Viaut, « Pertinence sociolinguistique de la notion de langue propre à l’extérieur de l’Espagne ? »[2], et le colloque organisé par celui-ci récemment sur cette question), et les deux importantes lois de politique linguistique : la Llei de Normalització Lingüística a Catalunya du 22 avril 1983 et Llei de Política Lingüística du 7 janvier 1998.\nDans la presse de ces derniers jours, la situation de la langue est traitée de manière plus cavalière encore que la question historique ; rien n’est dit des difficultés du catalan malgré les politiques linguistiques publiques. En France, on évoque le bilinguisme scolaire, non sans étonnement (« Pour Ludmila, 9 ans, il est normal de parler tous les jours espagnol et catalan, car les deux langues sont pratiquées partout, même à l’école », est-il dit dans 1 jour 1 actu a destination des enfants francophones) et l’on note que « La langue locale y est presque autant utilisée que l’espagnol et que 80,4% des Catalans déclarent savoir la parler » (BM TV). Dès lors que le détour historique est au moins esquissé, l’importance de la question linguistique dans les événements actuels apparaît évidente, même au moins informé des journalistes ; on reconnaît alors, comme Laurent Chalard sur le site Atlantico, que la langue est le facteur déterminant « d’unité nationale » en Catalogne (voilà un argument, au moins, que l’idéologie française peut aisément comprendre !), sans référence à une identité ethnique ou religieuse, comme le précise l’historien de la catalogne Enric Ucelay-Da Cal, cité dans un bon article du site de la radio américaine NPR (mais il est intéressant de lire sur la question du « nationalisme linguistique », propre à la Catalogne, un article d’Henri Boyer paru dans la revue Mots en 2004). Ce n’est en effet guère dans la presse française que l’on trouve ce genre de raffinement d’analyse, il faut aller voir pour cela la littérature anglosaxone, le site de la BBC par exemple, ou bien l’article de Paul Mason dans le Guardian (2 octobre), qui évoque le concept de « nationalisme cosmopolite » proposé par Montserrat Guibernau. Je signale également, pour ceux qui lisent l’italien, un interview très intéressant, sur le site Micromega, de Mercè Barceló, professeure de droit constitutionnel à l’Université Autonome de Barcelone, qui montre combien les arguments juridiques, contrairement à ce que l’on rabâche de ce côté-ci des Pyrénées, peuvent aussi servir la cause catalane. En Allemagne aussi, l’information est beaucoup plus abondante et les articles autrement sensibles aux positions catalanes ; la large circulation et citation d’un livre de poche publié chez Verlag en 2015 intitulé : Die Übersetzung der Unabhängigkeit: Wie die Katalanen es erklären, wie wir es verstehen (La traduction de l\'indépendance: comment les Catalans expliquent comment nous le comprenons), qui contient une série d’entretiens avec des personnalités catalanes et des chercheurs, serait une chose, je crois, presque impensable en France.\nJe signale enfin un point de détail, qui apparaît dans la presse française, mais qui est assez révélateur. Pour dire quelque chose de ce qu’est que le catalan, que les journalistes ne connaissent visiblement pas, ces derniers la ramènent aux langues qu’ils connaissent. 1 jour 1 actu n’hésite pas à dire qu’il « ressemble un peu au français », mais d’autres, commeLaurent Chalard sur Atlantico disent qu’il se « rapproche » de l’occitan. Ce n’est pas le lieu de reprendre ici la question de la proximité, en effet si grande, entre les dialectes occitans et le catalan, mais ce voisinage est un fait sur lequel on préfère ne pas insister, surtout pas… D’autant plus qu’il faudrait s’arrêter aussi sur le fait que l’occitan (pour le Val d’Aran) partage lui-même en Catalogne un statut de co-officialité avec le catalan et le castillan. La Catalogne ainsi octroie des droits linguistique à son voisin (cousin ? frère ?) occitan, absolument inimaginables en France, et sur cette question, mieux vaut passer vite !\n \nA l’heure où je termine cette bafouille, je tombe sur la une du Charlie Hebdo de ce jour (voir par exemple la page du HuffPost à ce sujet), peut-être la plus con que le journal satyrique n’est jamais faite, présentant en couverture une vignette représentant des militants corses cagoulés arborant des kalachnikovs et disant « nous exigeons un débat ! » et portant la mention : « Les Catalans plus cons que les Corses » ; une caricature totalement hors de saison (à la fois pour les Catalans, jusque là absolument pacifiques, et mêmes pour les Corses de 2017), hors de propos et même carrément raciste, puisqu’elle traite justement de cons à la fois « les » Corses et « les » Catalans. Mais pire encore, un dessin de Riss fait le parallèle entre 1936 et 2017 en affirmant que l’Espagne va détruire l’Europe une seconde fois ! C’est tellement idiot que je n’arrive même pas à en rire !\n \nJean-Pierre Cavaillé\nVoir aussi, ici même, Cendrillon en Catalogne\n \n \n\n\n[1] Voir par exemple un certain André Ronchi, qui tient en 2015 sous son nom les propos suivants : « Celui qui a eu à souffrir de l’arrogance proverbiale des catalans, de leur manque de savoir vivre ne me contrediront [sic] point : vous vous adressez à eux dans une langue autre que le patois catalan, ils vous tournent le dos ». Voir également des propos qui se veulent drôles et sont en fait ultra-révélateurs trouvés sur le site ardkorpedia : « Le patois Catalan est un mélange merdique de français et d\'espagnol, et pour que personne ne s\'en aperçoive, ils le parlent avec un accent aussi ridicule qu\'incompréhensible. Exemple : \"si tou non parla la nostra llengua, tou non poï comprenem nou.\" En Espagne, on dit également pour se moquer que le patois catalan est \"une forme d\'Espagnol qui se parle en faisant la gueule\"… On pourrait ajouter le nez bouché, la bouche pleine et en comptant ses sous! ». On pourrait tirer de ce racisme au second ( ?) degré, une belle étude de sociolinguistique.\n\n\n[2] In Quo vadis Romania ? Institut für Romanistik, Wien, n° 23, 2004, p. 92-103.\n\n

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